La médiation est particulièrement adaptée à la résolution des conflits associatifs. Voici pourquoi.
Les associations sont indispensables pour intervenir, agir, créer, innover dans tous les domaines de la société. Mais la nature de leur activité ne les protège pas des difficultés humaines et relationnelles. La Maison de la Médiation, structure associative ayant accompagné de nombreuses associations dans la mise en place de médiations, a pu constater les difficultés spécifiques au milieu associatif et la pertinence de la médiation dans ces situations.
Gouvernance et communication, des points sensibles
Les associations et coopératives choisissent souvent de fonctionner selon des modes de gouvernance collégiale ou partagée. Ce choix reflète une volonté de co-construction, où chaque voix compte pour que tout le monde s’y retrouve. Mais voilà, plus de participatif veut aussi dire plus d’avis différents et donc plus de désaccords. Dans ce contexte, décider ensemble peut devenir un véritable défi générant des tensions et des crispations, et allant parfois jusqu’à une rupture totale de la communication.
Une forte implication personnelle et émotionnelle
L’engagement associatif repose souvent sur des valeurs et des convictions fortes. On s’engage parce que l’on souhaite contribuer à une cause qui nous semble importante. Cette dimension identitaire crée une implication personnelle. Les tensions qui émergent ne sont pas seulement organisationnelles : elles touchent au sens et aux motivations de chacun, ce qui leur donne une forte charge émotionnelle. Un désaccord ou un malentendu peut alors être vécu comme une remise en question personnelle.
« Lors de médiations en milieu associatif, le travail sur les valeurs prend souvent une place importante. Les personnes parlent de trahison ou disent vivre un véritable choc car elles ont eu le sentiment d’être discriminées ou maltraitées au sein d’un environnement avec lequel elles pensaient pourtant partager les mêmes valeurs. » *
De plus, la forte dimension émotionnelle et les valeurs sociales portées par le secteur associatif font que les personnes donnent souvent beaucoup d’elles-mêmes et se mettent moins de limites. Ce surinvestissement peut mener à l’épuisement, voire au burn-out, avec pour conséquence de créer une ambiance propice aux tensions et malentendus.
Une multiplicité d’acteurs : bénévoles, salariés, membres du CA
Au sein d’une association, suivant les différents statuts, les responsabilités et les rôles de chacun peuvent ne pas être bien définis, pouvant créer confusion et incompréhension. Bénévole, salarié, ou membre du CA, l’implication n’est pas la même pour tout le monde et le temps que chacun peut y consacrer diffère. Il est commun que ce décalage entre temps passé ou responsabilités génère des frustrations et des incompréhensions entre les différents acteurs. Ces tensions, qui peuvent être accrues par des différences intergénérationnelles, peuvent croître jusqu’à diviser le collectif en clans, ou jusqu’à l’arrêt maladie d’un ou plusieurs salariés. Elles peuvent également avoir des conséquences sur la prise en charge et l’accompagnement des personnes bénéficiaires.
« Il peut arriver en médiation que les tensions se cristallisent parce qu’un salarié considère l’autre comme intouchable car bénévole, faisant naître un sentiment d’injustice. Pouvoir exprimer cela en médiation peut permettre d’aider à clarifier les rôles mais surtout les besoins de chacun au sein d’une même structure. » *
Des ressources souvent limitées ou incertaines
Avec des sources de revenus – dons, subventions, adhésions – instables, beaucoup d’associations ont des moyens budgétaires et humains limités. Il est donc naturel que l’attribution et la répartition des ces ressources génèrent des désaccords et alimentent frustrations et sentiments d’injustice. Les tensions générées par ces difficultés peuvent aussi avoir un impact important dans la qualité relationnelle des équipes et du collectif associatif.
En quoi la médiation est-elle un processus adapté à ces problématiques ?
Lorsque les conflits s’installent, les principes d’une communication saine et effective sont difficiles à maintenir. Le dialogue se rompt, les valeurs et objectifs de la structure s’érodent jusqu’à parfois menacer sa pérennité. La médiation permet alors de rétablir le dialogue et de travailler à l’apaisement en cohérence avec les valeurs associatives, y compris en cas de départ d’une personne de l’association.
La médiation s’inscrit dans une logique de coopération
En mettant en place une médiation avec un tiers extérieur, on vient créer un espace pour rendre le dialogue possible là où il ne l’était plus. Le rôle des médiateurs, en tant que tiers neutre, est de faciliter cet espace où chacun et chacune va pouvoir dire ce qui est important pour elle ou pour lui, et d’être entendu. Il n’est pas de donner des conseils, mais de faciliter le dialogue. Le processus de médiation est là pour favoriser la participation de tout un chacun. Ce sont les personnes elles-mêmes qui décident ensemble des solutions qui leur sont mutuellement satisfaisantes.
Un processus court et peu coûteux
La médiation se déroule selon un nombre limité d’entretiens et de rencontres collectives, et s’adapte aux spécificités des structures tout en garantissant un cadre sécurisé.
Une approche participative et responsabilisante
Les personnes sont libres d’aller en médiation ou non. Tout au long du processus, elles peuvent décider si elles souhaitent continuer à participer ou non. Ce principe de volontariat garantit l’engagement de chaque personne à entrer dans une démarche de coopération et à garder une part de contrôle et de responsabilité sur le processus.
Un processus qui s’adapte à la complexité des différends associatifs
La médiation permet de traiter directement les conflits en impliquant toutes les parties concernées et prend en compte cette complexité. Salariés, bénévoles, membres du CA, chacun bénéficie en médiation d’une égalité de parole. Cette égalité est un principe essentiel auquel les médiateurs veillent tout au long du processus.
Renforcer la cohésion d’équipe et la culture du dialogue
Parce qu’elle favorise l’écoute mutuelle et la compréhension des besoins de chacun, la médiation peut également aider à reconstruire la confiance entre les membres d’une association et poser les bases d’une meilleure cohésion d’équipe.
En conclusion, faire appel à un tiers extérieur face à des difficultés relationnelles n’est pas un aveu d’échec. Chaque organisation fait l’expérience des conflits. Venir créer un espace de dialogue en présence d’un médiateur peut être un véritable soulagement pour arriver à travailler ensemble. Il peut être clé d’avoir un espace sécurisé pour pouvoir se dire les choses et arriver à exprimer ses désaccords sans que cela ne devienne destructeur. Arriver à dialoguer est vécu comme une véritable réussite collective et renforce durablement l’apaisement et la cohésion d’équipe. Enfin, faire l’expérience d’une médiation au sein d’un collectif peut aussi être l’occasion de semer les graines d’une culture du dialogue sur le long terme.
L’équipe Travail de la Maison de la Médiation
Emilie Trampont, Jean-Jacques Perrier, Dominique Chapelon, Armelle Vallet-Jeanneret, Florence Gay, Odile Boucher, Marion de Nervo
* Propos recueillis auprès d’un médiateur de la Maison de la Médiation
