Intervention de François Crozier lors de la soirée des 30 ans de la Maison de la médiation - 15 octobre 2019

Retour sur l’origine de la Maison de la médiation

 

30 ans. 30 ans déjà qu’existe notre très chère Maison de la Médiation. Fondée en juillet 1989 par l’IFM et le CNM , notre association a eu jusqu’en 1991 une vie végétative et symbolique. Une petite équipe de 6 personnes issues de la formation l’IFM s’auto-organise pour assurer des permanences quotidiennes, pour rencontrer les autorités locales et centrales, pour visiter la justice parisienne au TGI. Nous participons aux colloques et réunions constitutives autour de la médiation. C’était quasi une mode de parler de « médiation » sans savoir quel était son contenu ni son usage.

J’avais alors 60 ans, libre et actif, j’ai fait partie de cette première cellule avec Régine Ponroy, Claude Desquilbet, Sylvie Lamarque, Jacques Hachette et Jacques Beaumont. Nous n’avions ni argent, ni expérience de la pratique de la médiation. Mais nous avions le désir d’appliquer notre formation. Heureusement, nous avions un local partagé avec l’IFM (rue Henri Barbusse) et enfin la volonté de faire ensemble. Il n’y avait pas encore de médiation mais il y avait un climat porteur, un bouillonnement autour de ce concept.

Nos contacts et nos visites aux juges, aux politiques et aux financeurs n’eurent que peu de résultats directs, mais nous fumes bien accueillis et nous nous firent connaitre un peu partout. Et enfin, doucement d’abord, ensuite plus rapidement les visites, les entretiens et les premières médiations arrivent. Elles nous permettent d’inventer la « co-médiation » pour augmenter la pratique. Nous découvrons alors la sécurité dans l’écoute par le partage et l’analyse de nos ressentis.

En 1994 nous décidons d’ouvrir un « Espace Rencontre » afin d’augmenter notre activité et de poursuivre notre développement. Nous découvrons alors le caractère formateur de cette pratique, par rapport au conflit familial et ses liens avec la médiation. L’effet secondaire de cette nouvelle activité fut décisif dans l’obtention de nos premières subventions (Fondation de France et Ville de paris). Nous accueillons alors nos premiers stagiaires dont certains deviendront permanents. Le développement s’accélère. En 1998 nous multiplions par 6 le nombre des entretiens par rapport à 1992. L’Espace Rencontre est complet en permanence, en regard avec notre capacité d’accueil.

Nous sommes alors l’objet d’un conflit avec nos origines. Cette expérience douloureuse va au contraire nous porter en avant, renforcer notre solidarité et volonté commune. Elle a établi notre indépendance. Nous trouvons en urgence, grâce à la ville de Paris, notre domicile actuel de la rue de Noisy-le-Sec (Paris 20ème).

En 2000, je participe, au nom de l’association et aussi de l’ANM , à la commission chargée d’enquêter sur ce qui existe en matière de médiation familiale et de préparer la reconnaissance par les pouvoirs publics de la profession de médiateur et son financement. Viendront ensuite les règles et les conditions qui assureront la formation et les contrôles ainsi que l’inscription de la médiation dans le code de la famille.

Un mot encore, jusqu’à la fin de mes mandats de président en 2001, nous avons travaillé bénévolement dans une organisation empirique et collégiale. Il appartiendra à mes successeurs Claude Giordan et Marie-Odile Redouin de mettre en place une comptabilité et une méthode de gouvernance en correspondance avec les nouvelles obligations liées à la reconnaissance de la médiation familiale.

Je termine mes propos en exprimant mes pensées fraternelles à l’égard de nos chers permanents décédés à ce jour : Claude Giordan, Hubert Fritel, Jacques Hachette et Francis Vachette.

Merci

François Crozier, Président d'honneur