Introduction à la soirée des 30 ans de la Maison de la médiation - 15 octobre 2019


Nous sommes tous réunis pour fêter un anniversaire. Qu’est-ce que ça signifie au juste ?

Selon les définitions basiques, il s’agit de rappeler le souvenir d’un évènement arrivé à pareil jour ou période, habituellement une naissance. Jusque là je ne vous apprends rien, et en effet, il y a 30 ans, naissait la Maison de la Médiation, avec cette idée singulière et pionnière, d’introduire en France un dispositif inédit de résolution des conflits. La toute nouvelle équipe de la MM (comme on l’appelle couramment aujourd’hui), fait alors un pari fou, magnifique et terriblement exigeant. Elle fait le pari de réunir des personnes en conflit, en présence d’un tiers totalement inconnu, sans aucun pouvoir de décision, pour vivre ensemble un processus de résolution, de manière sensible et personnalisée. Quel paradoxe n’est-ce pas ? La MM s’engage alors à approfondir des facettes peu sollicitées de la communication humaine. Parmi ces facettes, je désignerai en priorité la capacité à écouter, à se dire, à inventer ensemble des dispositifs de coopération et non de contrainte. En bref, à reconfigurer autrement l’énergie d’un conflit. Formule magique direz-vous ? Sans basculer dans une vision idéaliste, force est de constater que depuis 30 ans, à la MM et ailleurs, de nombreux médiateurs continuent de s’émerveiller face à ces forces de résilience qu’ils accompagnent, à ces déploiements de personnes se mettant en mouvement et retrouvant une dignité bien souvent mise en péril.

L’évènement de ce soir est d’importance, comment bien le célébrer ?

Tout d’abord en nous rassemblant, c'est-à-dire en échangeant nos regards, nos sensibilités, nos témoignages, sur ce qui a été l’histoire de notre action et sur ce qui nous anime aujourd’hui. Et dans cet échange, rendre hommage aux pionniers est fondamental. Ces 30 ans représentent une longue chaine d’expériences transmises au fil de nos questionnements et expérimentations. Et on sait à quel point le présent se construit à partir du passé et de l’héritage des premiers combats menés. Or il n’était pas facile en 1989, de faire comprendre en profondeur notre action. En France la culture de la médiation était à ses balbutiements et les pratiques dans leur phase d’expérimentation. Je laisse à présent la parole à François Crozier, qui a été président de la MM dans les années 95-2000 et qui va nous parler de ces premières étapes.

Intervention de François Crozier

Célébrer un anniversaire, c’est aussi éprouver, ce que nous sommes aujourd’hui, et forge l’identité de notre équipe, par la présence et l’implication de nombreuses personne :
- tout d’abord celle des salariés, des bénévoles, et des stagiaires ceux du présent, et ceux du passé
- à leur côté la présence de nos analyseurs de pratiques successifs
Avec une attention toute particulière pour les personnes ayant travaillé au sein de l’espace de rencontre. Ce dispositif précieux de restauration de liens, a été la première activité de la Maison de la Médiation. Elle a structuré, en profondeur, ce que nous sommes aujourd’hui, désireux d’incarner pleinement une culture associative humaniste.

Mais la MM ne serait pas ce qu’elle est, sans les nombreuses personnes qui nous ont soutenus.

En commençant par nos financeurs :
-les représentants de la CAF, de la Justice, de la Ville de Paris et de la MSA (Mutualité Sociale Agricole)

Nos multiples partenaires
-les associations de médiations conventionnées comme nous (Esperem, Olga Spitzer, Parenthèses, APCE 75 etc.)
-nos fédérations nationales dont l’APMF avec laquelle nous travaillons plus particulièrement en ce moment. (Association pour la médiation familiale)
-les nombreux collègues médiateurs du monde libéral ou associatif non conventionné
-sans oublier les très nombreux partenaires et prescripteurs formant une chaine de solidarité autour de personnes en souffrance (les juges, les travailleurs sociaux, les professionnels de santé, les éducateurs et les enseignants etc.)
-nos structures d’accueil : l’association Paroles et Familles pour le 17ème arrondissement (Bernadette Prudhomme), l’association ENDAT pour le 15ème (Chantal Ruault)

Et puis, qui dois-je impérativement nommer ? D’après vous ? Toutes ces personnes, que dans notre jargon nous appelons les « médiés », ces personnes ayant poussé la porte de notre association, en quête d’apaisement et qui nous ont tant appris tout au long de ces 30 ans. Elles n’ont pas manqué de nous étonner, bousculer, bouleverser, sidérer parfois autant que nous conforter dans notre humanité.

Dès mon arrivée à la MM, j’ai été frappée par une spécificité de notre équipe, à savoir son souci de prendre soin de ses membres. Chaque année nous organisons une formation en interne. Ainsi le mois dernier nous avons bénéficié de deux journées consacrées à la communication non violente. Chaque mois nous menons une réflexion de fond portant d’une part sur les éléments clé de notre vie associative, et d’autre part, sur des thématiques fondatrices de nos pratiques. Tout récemment nous avons abordé la question du secret partagé, et nous prévoyons de travailler prochainement celle de la comédiation, véritable ADN de la Maison de la Médiation, et qui, comme tout génome, subit des mutations nécessitant des ajustements. Au fil du quotidien nous assurons l’accueil de stagiaires. Jean-François Pellerin, souligne dans son dernier rapport moral, que même si cet accueil sollicite une grande disponibilité de la part des salariés, il permet, je le cite « la transmission des compétences ainsi que la confrontation avec de nouvelles pratiques, porteuses de sens et d’avenir pour notre association » (fin de citation).

Autre dimension actuelle de la Maison de la Médiation : sa culture collaborative, sa connectivité dont parlait tout à l’heure François Crozier. L’association a montré tout au long de son histoire, sa capacité à se mettre en mouvement, à faire évoluer ses pratiques de gouvernance et à mettre au travail une dynamique collaborative, et ça marche ! C’est cet esprit d’équipe qui m’a fortement motivée à prendre la suite de Jean-François Pellerin. Au terme d’une carrière d’enseignante, trop souvent cantonnée au huis clos des préparations de cours et des corrections, je concrétise à présent une aspiration, dont je mesure après coup toute la puissance : œuvrer aux côtés de personnes engagées à promouvoir la non violence, la confiance aux personnes, la restauration de liens rompus, et bien sûr apprendre et partager avec elles, toutes ces leçons de vie puisées au fil de nos médiations.

Enfin, célébrer un anniversaire consiste immanquablement à tresser passé, présent et avenir. Quel futur pour la Maison de la Médiation ?

Les défis ne manquent pas, celui notamment de toujours mieux nous ajuster aux évolutions sociétales comme la diversification des conflits familiaux. La MM s’attache depuis quelques années à répondre aux demandes croissantes de médiations parents/adolescents, situations de vieillissement, couples, fratries, familles recomposées, homoparentales etc. d’où le titre de cette soirée « Nouvelles familles, nouveaux besoins, nouveaux conflits, les visages multiples de la médiation familiale ». Un autre défi relativement récent pour la MM : répondre à de nouvelles exigences sociétales avec les médiations de voisinage et du travail, soumises désormais à une obligation de tentative de résolution amiable, dans le cadre de la loi de la modernisation de la justice. Ces domaines représentent une part restreinte de notre activité, mais ils nous permettent d’ouvrir une fenêtre plus large sur la société civile et de mutualiser les apports entre médiateurs généralistes et médiateurs familiaux.

A ces défis s’ajoute un rêve que nous sommes nombreux à partager à la MM : la réouverture de l’espace de rencontre que nous avons dû fermer en 2017. C’est un lieu chargé d’une mémoire sensible, lieu par excellence d’apprentissage pour nos médiateurs, confrontés à la réalité de graves dysfonctionnements familiaux mais aussi parfois au miracle d’une reprise de liens porteuse d’avenir. La MM a été profondément marquée par cette expérience, elle y a conforté ses valeurs humanistes et légitimé son travail collaboratif.

Que serons-nous dans 30 ans ? En 2015, Marie-Odile Redouin écrit : « la médiation familiale a un champ de développement encore non exploité ; elle s’est implantée et structuré très rapidement, et de même a bénéficié d’une reconnaissance très rapide ; il lui faut maintenant s’implanter durablement dans l’éthos culturel. Après le sprint, la course de fond est engagée. C’est un travail qui concerne chacun, là où il est, comme médiateur, comme partenaire, comme citoyen : un travail de patience, d’adaptation, de créativité et surtout de dialogue. C’est toute la société qui est visée au travers de cet accompagnement des familles et des personnes : l’avenir des rapports humains, des rapports sociaux, et de la démocratie est au cœur de ce changement de culture initié par la médiation » (fin de citation). J’espère que les prochaines décennies écriront de nouvelles pages à ce grand récit de la médiation, et que d’autres anniversaires en feront mémoire.

Pour conclure, célébrer les 30 ans de la Maison de la Médiation, c’est aussi faire la fête, c’est nous témoigner ce si grand plaisir à savourer ensemble un moment privilégié. Plusieurs étapes à cette fête : tout d’abord la fête des idées avec les interventions d’Hélène Abelson Gebhardt et de Jacques Saliba, ensuite la fête de ce que nous voulons nous adresser à partir de ce que certains d’entre nous souhaiteraient exprimer. Enfin la fête de ces multiples plaisirs qui font société : plaisirs gustatifs associés aux plaisirs de la conversation.

Avant de passer le micro à Hélène, je tiens à remercier vivement tous ceux et celles qui ont contribué à l’organisation de cette soirée : la maison de la vie associative et citoyenne du 20ème arrondissement à l’accueil indéfectiblement chaleureux et efficace, toute l’équipe de la MM largement sollicitée pour la conception et les multiples tâches matérielles, nos multiples partenaires pour leur soutien notamment en matière de communication. L’organisation de ces 30 ans, je crois, a été pour nous l’occasion de renforcer nos liens en interne et en externe, dans une volonté de dynamique toujours plus collaborative.

La soirée va se dérouler de la manière suivante. Interroger les évolutions sociétales liées à la famille, soulève en arrière plan la question de comment rendre vivants les principes éthiques de notre profession, les réaffirmer mais aussi les questionner. Hélène Abelson Gebhardt va, à partir de sa double expérience de juge et de médiatrice, revenir sur ces fondamentaux. Ensuite, Jacques Saliba va quant à lui, nous faire partager son regard de sociologue autour des nouvelles familles. Je propose qu’à l’issue de chaque intervention, on pose seulement quelques questions pour éclairer un point précis, pour ensuite nourrir les échanges avec nos intervenants sur la base des deux présentations.

Je vous souhaite à tous une très bonne soirée.

Sylvie Lannes, Présidente

 

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