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La demande de médiation coïncide souvent avec une montée en puissance d’un conflit frappant durement les personnes : rupture de la communication, repli sur soi, accumulation de mises en accusation... Chacun est fragilisé dans son assise émotionnelle, relationnelle et dans sa capacité à élaborer une vision de la situation. Très souvent les personnes s’en remettent à leur avocat pour être défendues, au juge pour trancher, et abandonnent quasiment leur sort à des tiers, ce qui revient globalement à une délégation de responsabilité.

En revanche, la médiation, entendue comme processus volontaire, invite les personnes à s’affirmer progressivement comme sujet et ainsi à reprendre en main la responsabilité de leur existence. C’est ce que les anglo-saxons désignent couramment avec la notion d’empowerment « processus par lequel une personne, ou un groupe social, acquiert la maitrise des moyens qui lui permettent de se conscientiser, de renforcer son potentiel et de se transformer dans une perspective de développement d’amélioration de ses conditions de vie et de son environnement » . Si la notion d’empowerment éclaire significativement le processus de responsabilisation, le concept même de responsabilité est plus flou. Paul Ricoeur renvoie tout autant à la notion d’imputation (être l’auteur de ses actes et en rendre compte) et de responsabilité (assumer en toute liberté l’incertitude quant à la pertinence de nos choix). Hannah Arendt et Emmanuel Lévinas soulignent également le lien entre responsabilité et vulnérabilité. Se rendre responsable revient alors à oser le risque d’une décision contestable mais à être effectivement « l’auteur de ses actes ».

La médiation propose un cadre permettant précisément cette prise de risque, « l’art » du médiateur consistant à sécuriser les échanges pour laisser émerger d’autres interprétations, un autre cheminement. L’écoute neutre et bienveillante du médiateur favorise la mise en mots de ce qui a fait violence. Cette parole peu à peu libérée permet, au fil des clarifications de sortir d’une opposition systématique, de se différencier de l’autre. Cette écoute devient également « écoute » de l’autre, de sa singularité et de sa force de proposition. Le présent, saturé des instances douloureuses du passé, peut s’ouvrir à des perspectives d’avenir.

Le médiateur est également impliqué dans cette prise de risque en garantissant un cadre de neutralité (notamment de ne pas avoir de projet pour autrui). Il pourrait, du fait de sa position privilégiée de tiers choisi par les deux parties, porter occasionnellement la responsabilité d’une prise de pouvoir de sa part. Il évite cet écueil en respectant le code de déontologie de la profession et en faisant confiance aux capacités d’autrui.

Sylvie Lannes, Jean Rooy, médiateurs